Cuba

Cuba est une île immense, et à moins d’avoir plusieurs mois devant nous, il va être difficile de tout visiter. L’île a en effet plus de 6 000 km de côtes, pour comparer, c’est une île plus grande que l’Angleterre. 

Nous sommes déjà venu à Cuba en avril 2018 pendant 10 jours, et nous avions à ce moment-là visité l’ouest de l’île (Havane, vinales, et les cayo de l’ouest). Cette fois-ci, nous avons prévu de faire l’est, de Casilda à Baracoa. 

Nous partons lundi 18 mars en direction de Santiago de Cuba, soit une navigation de 110 nm. Nous n’avons pas choisi notre fenêtre météo, car Papily, le papa de Gerault, nous retrouve jeudi à Santiago, et nous souhaitons avoir fait toutes les démarches d’entrée avant son arrivée. 

Nous savons donc en partant, grâce au gribs météo téléchargés la veille, qu’il n’y aura pas de vent. Mais pour la première fois depuis notre arrivée en Martinique, il n’y a pas de vent DU TOUT. Calme plat. Pétole comme on dit en terme marin. Nous sommes à 2 nœuds et allumons les moteurs. Nous ferons les 15 dernières heures totalement au moteur après avoir affalé la GV et enroulé le génois. La mer des Caraïbes est d’huile, je ne pensais pas que cela soit possible. Et il fait une chaleur incroyable sur le bateau, d’autant que Gerault et les filles se sont lancés dans la confection de brochettes de poulet/banane plantain. Le four est donc allumé ce qui augmente la chaleur. Nous prenons tous à tour de rôle des douches sur la jupe pour nous rafraîchir.

Vers 16 h terre en vue. Après avoir contacté la marina de Punta Gorda via le canal 16, nous entrons dans la baie de Santiago où on nous autorise à mettre l’ancre, car il n’y a pas de place au ponton d’accueil. 

Le capitaine du port nous demande de tous monter dans notre annexe, le docteur nous attend sur le quai pour prendre notre température et faire un rapide examen médical. Cela commence mal Gerault semble avoir de la fièvre sur le thermomètre frontal utilisé. Après avoir touché son front à la main, le docteur terminera son examen en disant que c’est son thermomètre qui doit avoir un problème. Viva la administraćion !

C’est ensuite au bureau de l’immigration que nous devons aller pour remplir les cartes touristiques (sorte de visa) et les différentes paperasses habituelles. Le capitaine du port nous annonce ensuite que les cartes touristiques sont à 75 cuc par personne, soit 450 cuc pour nous tous (environ 450 US$). Cela sera donc l’entrée dans un nouveau pays la plus chère depuis notre départ. Nous devons également payer 11 cuc par jour pour ancrer dans la marina. 

Or, la marina de Santiago est très vétuste, les pontons dangereux avec de la ferraille qui dépasse de partout. Aucune infrastructure utilisable (douches, etc). 

Nous apprenons également lors de notre entrée que le mouillage à l’ancre n’est plus autorisé sur la côte sud-est et nord-est depuis janvier, ni dans les jardins de la Reine réputés comme la zone la plus belle de Cuba. Il faut aller au port ou ancrer dans une marina à chaque escale. Douche froide car nous avions prévu de caboter avec Papily dans les jardins de la reine (entre Casilda et Santiago) sur la côte sud-est. Nous ne trouvons en effet aucun intérêt à être au port, où nous allons très rarement et seulement pour faire le plein de carburant. Ce que nous aimons c’est ancrer dans une baie déserte, nous baigner, plonger, nager, ce qui n’est pas possible au port. C’est pour notre sécurité nous dit-on. 

À ce moment précis, nous serions presque prêts à mettre les voiles directement direction les Bahamas. À quoi cela sert il d’être en bateau si on ne peut pas choisir les lieux où mettre notre ancre, et pouvoir plonger, nager comme bon nous semble. Bref cela ira sans doute mieux demain mais nous sommes désabusés, d’autant que quand nous sommes venus en avril 2018 le fonctionnement n’était pas le même. 

Nous retrouvons dans la marina le Wylde Swan, magnifique ancien bateau de pêche de plus de 50 m de long, transformé en bateau école, et qui bat pavillon hollandais. Le capitaine nous avait gentiment invité à monter à bord à port Antonio pour le visiter, à la grande joie des enfants.

Mardi, journée farniente! Comme après chaque navigation où il y a une nuit en mer à vrai dire. Nous avons sans doute besoin de décompresser de notre/nos nuit(s) de quarts. L’ambiance est paisible à la marina. Les enfants travaillent. Nous prenons l’apéro avec les bateaux voisins. La magie de la vie du port où tout le monde se parle sans se connaître et où chacun se dévoile facilement. 

Le lendemain, nous partons visiter le fort El Morro situé à l’entrée de la baie. Gerault nous motive pour y aller à pieds, soit 12 km en plein soleil. Le courage et la persévérance des enfants sont mis à rude épreuve (et le dos de Gerault qui porte Côme aussi, il pèse 16 kg tout de même), et nous arrivons à destination fiers (et fourbus).

Sur la route, Côme se met à crier : « MaaaaaackMaaaaack ». Mack est le camion de son dessin animé préféré (Cars), et nous voyons effectivement devons nous un camion rouge qui lui ressemble grandement. Il est en extase.

Le soir Gerault et les trois grands partent chercher Papily à l’aéroport de Santiago. Joie des retrouvailles après avoir passé plusieurs mois sans voir aucun visage familier. Nous lui faisons visiter Comalvi, découvrir les règles de sécurité, et notre vie à bord. Demain, nous irons visiter Santiago de Cuba avec lui. 

Ernesto, chauffeur de taxi, passe nous chercher à 10 h à la marina. C’est un franco portugais installé ici depuis 4 ans, et marié à une Cubaine avec laquelle il a eut une petite fille. Le trajet entre la marina est le centre de Santiago est passionnant : il nous parle en français de ce pays qu’il connaît si bien. Nous apprenons entre autre que le salaire d’un policier cubain est de 25€/mois, celui d’un médecin 80€/mois, le salaire moyen étant de 10€/mois. Les familles disposent de tickets pour acheter les produits de base comme la farine, le riz, le sucre, et les œufs, mais cela ne suffit pas réellement pour manger à sa faim. Le rêve de tous est de partir à l’étranger, mais les visas sont presque impossibles à obtenir. Il y a plus de Cubains à Miami qu’à La Havane par exemple. Le rêve de tous est de partir à l’étranger, mais les visas sont presque impossibles à obtenir. 

Il nous dépose sur la place centrale devant la cathédrale. Nous allons ensuite à la casa Velasquez, puis au musée du carnaval. Nous terminons la journée au cimetière où sont enterrés Fidel Castro et José Marti, et assistons à la relève de la garde. Les enfants sont heureux de passer ces moments avec leur Papily. 

À la marina, je retrouve en rentrant une maman cubaine rencontrée le matin même, et qui m’avait demandé si je n’avais pas des choses à lui donner pour elle et ses enfants : habits, mais aussi savon et dentifrice qu’ils n’arrivent pas à se procurer. Malheureusement, j’ai déjà donné un sac d’habits et de chaussures trop petites des enfants aux prêtres de l’oratoire en Jamaïque. Je lui donne tout de même les paquets de couches qui me restent, Côme étant propre depuis février, du savon, et quelques habits.

Samedi, après avoir payé nos cartes touristiques, la marina, et fait valider notre parcours par le service immigration (obligatoire ici) nous mettons les voiles (enfin, nous allumons les moteurs car toujours pas de vent) direction Baracoa, au nord-est de l’île. Papily va découvrir la vie en mer. 

De Guantanamo à Baracoa

Entre Santiago et la baie de Baitiquiri où nous avons prévu de dormir la première nuit, nous longeons la base navale US de Guantanamo. 11 prisonniers liés aux attentats du 11 septembre 2001 sont toujours enfermés dans cette prison, certains n’ayant pas encore eut leur procès. Il est strictement interdit de rentrer dans la zone US. Un bateau croisé à Santiago a été mis en joue deux jours auparavant pour avoir pénétré dans la zone, et a été accompagné hors de cette zone manu militari par un virement de bord imposé à 90 degrés. Nous avons également dû signer un papier à Santiago nous obligeant à renoncer à pénétrer dans ce « territoire occupé illégalement » (je cite).

Gerault étant d’humeur taquine, nous longeons la zone pile au niveau de sa limite (virtuelle et uniquement cartographiée) et les US coasts guards nous interpellent à la vhf pr nous demander de clarifier notre cap avec un accent américain digne d’un western. Une vedette US nous suit de près. Après un bref échange vhf, nous nous éloignons un peu de la zone, mais ils nous suivrons jusqu’à ce que nous soyons éloignés de la base. Bon courage à celui qui veut tenter une évasion. La zone est surveillée de toute part. 

Nous jetons l’ancre vers 2 h du matin dans l’étroite passe de Baitiquiri. L’entrée de la baie fait 15 m de large (notre bateau en fait 7) et la visibilité nocturne est faible. Heureusement, l’entrée est bien balisée, car des récifs dépassent de chaque côté du chenal. Malheureusement après la nuit et une matinée baignade, la guarda costa nous demande de partir.  Nous aurons tenté…

La deuxième nuit nous retentons notre chance et jetons l’ancre vers 23 h dans la baie de Mata sur la côte nord-est, juste avant Baracoa. Après la nuit et une matinée baignade, il se passe la même chose. On nous demande de lever l’ancre sous une heure. Quel dommage de ne pouvoir visiter ces petits villages qui longent la côte, et rencontrer les habitants comme nous le faisons si facilement dans les autres pays.

Baracoa 

Nous arrivons à Baracoa en milieu d’après-midi. Après avoir à nouveau été accueillis par les guardas nous pouvons cette fois-ci débarquer. La baie de Baracoa est entourée de cocotier, à l’ouest de la ville. Malheureusement, les plages sont sales (nombreux déchets s’y amassent) ce qui gâche un peu le paysage. Nous comprenons en débarquant que les déchets sont déposés à même cette plage. Nous emmenons donc discrètement nos poubelles au centre de la ville où la gestion des déchets semble plus fiable. Espérons que nous ne nous trompons pas. 

Baracoa est une charmante petite ville. Nous visitons le centre avec ses maisons colorés, sa jolie place devant la cathédrale, le musée du Cacao. Dans la cathédrale un vitrail rappelle que Christophe Colomb a planté ici la première croix du nouveau monde, et nous pouvons voir cette même croix au fond de l’église. 

Papily repart le vendredi à la Havane prendre son avion : 4 h de voiture direction Santiago, un vol intérieur pour La Havane puis un vol international pour Paris. Nous avons passé une semaine très agréable avec lui. 

De notre côté, nous profitons encore deux jours de cette ville, et préparons notre départ de dimanche pour les Bahamas. Passage chez le coiffeur pour Côme et Maxime qui en ont bien besoin, surtout Côme qui ne voit plus rien avec sa mèche de surfeur devant les yeux blondie par le soleil. Ce n’est pas un coiffeur d’ailleurs, mais un barbier. Coupe sur cheveux-secs, il n’y a même pas de quoi faire un shampoing, tout cela pour 3 cuc (3€ environ). Je me fais couper les cheveux également. Moi qui me disais que le jour où je me ferais couper les cheveux j’aurais droit à un massage crânien de 10 min c’est loupé ! En 3 min et 10 coups de ciseaux, j’ai la tête « au carré ». 

Puis nous faisons l’avitaillement en fruits et légumes (difficiles à trouver ici) et l’envoi de quelques cartes postales. Espérons qu’elles arrivent plus vite que celles postées de La Havane l’année dernière, et qui avaient mis 4 mois pour arriver en France. 

Le dernier jour, je discute avec Maria, 20 ans, et maman d’une petite fille de deux ans. Elle est serveuse dans un restaurant de Baracoa où nous sommes allés plusieurs fois, et gagne 20 cuc par mois (20 €). Elle me raconte son quotidien ici. Je prends ses coordonnées pour rester en contact. 

Nous garderons de nos 15 jours à Cuba un souvenir mitigé dû à l’accumulation d’interdictions durant notre séjour et aux démarches administratives compliquées. Nous partons d’ailleurs « illégalement », sans avoir fait stamper nos passeports pour la sortie, car on nous impose d’aller à un port international à 100 nm de Baracoa. Cela reste néanmoins un magnifique pays avec des habitants d’une grande gentillesse malgré leurs conditions de vie difficiles, qui sont en grande partie dues au système communiste et totalitaire toujours en place. 

Nous partons demain après la messe pour un mois aux Bahamas où nous retrouverons les plages de sable blanc et les lagons quittés au Venezuela.

Hasta luego Cuba !

 

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1 Commentaire

  1. Catoune et Thierry
    3 mai 2019 / 15 h 46 min

    Coucou à tous,
    Nous continuons de suivre vos aventures avec gd plaisir !
    Quelle joie de vous lire et de partager votre périple avec vous…
    Les enfants changent et grandissent !!! Les photos sont magnifiques.
    Bon séjour aux Bahamas et belles découvertes.
    Nous pensons bien à vous.
    Très gros bisous à vous partager

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